Fiscalité en Thaïlande : ce qui se passe vraiment après 180 jours
Lecture : 14 min · Mis à jour : 7 Août 2026 · Par Matthieu Moretti
C'est la question que personne ne veut poser à son agence de visas, et à laquelle aucune ne répond volontiers : à partir de quand devient-on imposable en Thaïlande, et sur quoi ?
Depuis la réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2024, les forums d'expatriés tournent en boucle sur le sujet. On y lit tout et son contraire : que les retraités vont être taxés deux fois, que les freelances doivent déclarer chaque virement, qu'une nouvelle loi va tout changer l'an prochain. La plupart de ces affirmations sont fausses, périmées, ou vraies pour une situation et fausses pour une autre.
Cet article fait le point sur l'état du droit en 2026, en distinguant les trois situations qui n'ont rien à voir entre elles : le retraité, l'actif à distance, et le propriétaire de biens en France.
Avertissement nécessaire : je ne suis ni fiscaliste ni avocat. Ce guide expose les règles publiques et les positions officielles des administrations concernées. Il ne remplace pas l'analyse de votre situation par un professionnel — et vous verrez en le lisant pourquoi cette analyse est rarement superflue.
1. La règle de base : 180 jours, et rien d'autre
Commençons par le seul point sur lequel il n'existe aucune ambiguïté.
L'article 41 du Code des impôts thaïlandais fixe un seuil unique : toute personne présente en Thaïlande 180 jours ou plus au cours d'une année civile (du 1er janvier au 31 décembre) est résident fiscal thaïlandais.

Trois précisions qui règlent 90 % des questions de forum :
- Les jours n'ont pas besoin d'être consécutifs. Trois séjours de deux mois répartis dans l'année vous amènent au même résultat qu'un séjour continu de six mois. L'administration additionne.
- La nationalité n'entre pas en jeu. Le système thaïlandais repose sur la résidence, pas sur la citoyenneté. Un Français, un Thaïlandais et un Américain présents 200 jours sont logés à la même enseigne.
- Votre visa n'y change rien. Un visa est une autorisation de séjour, pas un statut fiscal. Le DTV ne vous rend pas imposable, et il ne vous en protège pas non plus. Seul le décompte des jours compte.
À retenir : le compteur se remet à zéro chaque 1er janvier. Un séjour d'octobre à mars ne représente que trois mois sur chaque année civile — et peut donc, selon les dates, ne déclencher la résidence fiscale sur aucune des deux. Attention toutefois à ne pas confondre ce décompte avec vos obligations déclaratives de présence, qui suivent un calendrier totalement différent.
2. Ce que la réforme de 2024 a réellement changé
Voici le point qui a mis le feu aux forums, et qu'il faut comprendre précisément.
Avant 2024 : la faille de l'année suivante
Historiquement, les revenus de source étrangère n'étaient imposables en Thaïlande que s'ils y étaient rapatriés au cours de l'année même où ils avaient été perçus. Il suffisait donc d'attendre le 1er janvier pour transférer ses revenus de l'année précédente en franchise d'impôt. La règle était connue, légale, et massivement utilisée.
Depuis le 1er janvier 2024 : la faille est fermée
L'ordre Por. 161/2566 du Revenue Department a supprimé ce mécanisme. Désormais, un résident fiscal thaïlandais est imposable sur ses revenus de source étrangère rapatriés en Thaïlande, quelle que soit l'année où ils ont été perçus. Les taux appliqués sont ceux du barème progressif thaïlandais, de 5 % à 35 %.

La clause d'antériorité que beaucoup ignorent
Un second texte, l'ordre Por. 162/2566 publié en novembre 2023, a introduit une exception essentielle : les revenus perçus avant le 1er janvier 2024 restent exonérés, même s'ils sont rapatriés aujourd'hui. Concrètement, une épargne constituée jusqu'au 31 décembre 2023 échappe au dispositif — à condition, évidemment, de pouvoir documenter l'antériorité des sommes.
Deux mots qui font toute la différence
Toute la réforme repose sur la notion de revenu rapatrié. Ce n'est pas votre revenu mondial qui est visé, mais les sommes que vous faites entrer en Thaïlande. Contrairement à ce qu'on lit régulièrement, la Thaïlande n'a pas adopté un système d'imposition sur le revenu mondial. Un résident fiscal thaïlandais qui ne fait entrer aucun revenu étranger dans le pays n'a, sur ces revenus, rien à déclarer localement.
3. La réforme annoncée qui n'est jamais arrivée
Si vous avez lu quelque part qu'une nouvelle règle allait assouplir tout cela, l'information était exacte — mais elle n'a pas abouti.
En mai 2025, le Revenue Department a annoncé travailler sur un texte exonérant les revenus étrangers rapatriés dans l'année de leur perception ou l'année suivante. L'objectif affiché : faire revenir en Thaïlande une partie des quelque 2 000 milliards de bahts détenus à l'étranger, que la réforme de 2024 avait figés.
Il n'a jamais été adopté. La dissolution de la Chambre des représentants a suspendu tous les textes en cours, et les élections générales du 8 février 2026 ont gelé le calendrier législatif. À ce jour, le dispositif reste à l'état de projet.
⚠️ Ce qu'il faut en faire
Ne fondez aucune décision financière sur cette annonce. Les règles applicables restent celles de l'ordre Por. 161/2566. Si le texte revient un jour à l'ordre du jour, ce sera avec un nouveau gouvernement et peut-être sous une autre forme.
4. Vous êtes retraité français
C'est la situation la plus répandue, celle qui a suscité le plus d'inquiétude, et paradoxalement celle qui est aujourd'hui la plus claire.

Ce que dit la convention franco-thaïlandaise
La convention fiscale entre la France et la Thaïlande, signée en 1975, attribue le droit d'imposer les pensions selon leur nature : l'article 18 pour les pensions privées, l'article 19 pour la fonction publique, l'article 22 pour les autres revenus dont les prestations sociales. Ces revenus, lorsqu'ils sont imposables en France, le restent — et l'article 23 prévoit le mécanisme d'élimination de la double imposition.
Le communiqué officiel du 19 février 2026
C'est l'information que peu de sources francophones exploitent. Après de longs échanges entre administrations, l'ambassade de France en Thaïlande a publié un communiqué qui tranche la question. Le Revenue Department thaïlandais a confirmé aux autorités françaises que :
- Les pensions publiques et privées imposées en France entrent dans le champ de l'impôt thaïlandais, mais en sont exonérées en application de l'article 23, paragraphe 2 a) de la convention.
- Ces revenus sont dispensés de déclaration et n'ont pas à figurer dans la déclaration de revenus thaïlandaise.
- Ils ne comptent pas dans le calcul du seuil de dépôt obligatoire de la déclaration thaïlandaise.
Autrement dit : un retraité français dont la pension est imposée en France n'a, sur cette pension, rien à déclarer et rien à payer en Thaïlande.
Les deux obligations qui subsistent
Vous devez pouvoir prouver l'imposition en France. L'administration thaïlandaise peut vous le demander à tout moment. La preuve principale reconnue est l'avis d'imposition français — mais il n'est disponible qu'en été, après la fin de la campagne déclarative thaïlandaise. Dans l'intervalle, le communiqué admet tout moyen de preuve, notamment les bulletins de pension mentionnant le prélèvement à la source.
Vos justificatifs doivent être traduits en thaï. Une traduction de courtoisie peut suffire, mais l'administration est en droit d'exiger une traduction certifiée. Anticipez : faire traduire un avis d'imposition dans l'urgence coûte plus cher.
Enfin, cette exonération concerne les pensions. Si vous percevez par ailleurs des revenus d'une autre nature — locatifs, mobiliers, activité — ils suivent leur propre régime, et l'obligation de déclaration thaïlandaise peut se déclencher pour eux.
5. Vous êtes freelance ou télétravailleur
C'est le cas du titulaire de DTV Workcation, et c'est la situation la moins confortable — précisément parce qu'elle est la moins documentée.
Le mécanisme
Vous êtes freelance, développeur, consultant, e-commerçant. Vos clients sont européens ou américains, vos revenus arrivent sur un compte hors de Thaïlande. Vous vivez à Phuket ou Chiang Mai plus de 180 jours par an.
Vous êtes résident fiscal thaïlandais. Et chaque euro que vous faites entrer en Thaïlande — pour payer votre loyer, vos courses, votre scooter — constitue potentiellement un revenu étranger rapatrié, imposable au barème progressif. Contrairement au retraité, vous n'avez pas de disposition conventionnelle qui vous protège automatiquement : un revenu d'activité indépendante n'a pas le même traitement qu'une pension de source française.
La question que personne ne tranche
Votre activité est-elle exercée en Thaïlande, puisque vous y êtes physiquement, ou depuis l'étranger, puisque vos clients et votre structure y sont ? De la réponse dépend la qualification de vos revenus, et donc leur traitement. Cette question n'a pas de réponse générale : elle dépend de votre structure juridique, du pays de vos clients, de votre statut en France, de la durée de votre présence et de la convention applicable.

Les trois questions à poser à un professionnel
- Ai-je conservé ma résidence fiscale française ? Le critère du foyer, du séjour principal, du centre des intérêts économiques — vous pouvez être considéré comme résident des deux pays, et c'est alors la convention qui départage.
- Comment mes revenus sont-ils qualifiés au regard de la convention ? Bénéfices d'entreprise, professions indépendantes, revenus d'emploi : les articles applicables diffèrent.
- Quelles sont mes obligations déclaratives dans chaque pays, indépendamment de l'impôt dû ? Déclarer et payer sont deux choses distinctes, et l'omission de la première se sanctionne même quand la seconde est nulle.
Un point pratique enfin. Depuis mai 2026, Wise opère en Thaïlande sous licence de la Banque de Thaïlande. Chaque conversion vers le baht et chaque paiement PromptPay transite désormais par l'infrastructure financière régulée thaïlandaise. Ce n'est pas un problème en soi — c'est même une bonne chose pour votre conformité. Mais vos flux sont documentés, datés et traçables. L'époque où la question de la résidence fiscale restait théorique parce qu'invérifiable est révolue.
6. Vous avez des biens immobiliers en France
Troisième situation : vous vivez en Thaïlande et vous conservez un ou plusieurs biens immobiliers en France, loués ou non.
Les conventions fiscales attribuent classiquement l'imposition des revenus immobiliers à l'État où le bien est situé. Vos loyers français restent donc imposables en France, quelle que soit votre résidence. Vous continuez à ce titre à déposer une déclaration française de revenus fonciers, en tant que non-résident si vous avez effectué les démarches correspondantes.
Là où ça se complique
Le rapatriement de ces loyers en Thaïlande. Le communiqué de février 2026 traite explicitement des pensions. Il ne traite pas des revenus fonciers. Le mécanisme d'élimination de la double imposition de l'article 23 s'applique en principe aux revenus couverts par la convention, mais la pratique administrative thaïlandaise sur ce point est nettement moins documentée que pour les retraites.
Votre statut de résident fiscal français. Conserver un bien en France ne fait pas de vous un résident fiscal français, mais l'occuper, y avoir votre famille ou y conserver le centre de vos intérêts économiques peut y contribuer. Là encore, le faisceau d'indices prime.
7. Ce que le Visa DTV ne fait pas
Un rappel qui mérite sa propre section, parce que la confusion est constante.
- Le DTV n'est pas un statut fiscal. Il autorise un séjour de 180 jours par entrée, renouvelable, sur cinq ans. Il ne dit rien de votre imposition.
- Le DTV ne vous exonère de rien. Aucune disposition ne prévoit d'avantage fiscal attaché à ce visa, contrairement au LTR qui comporte, lui, des dispositions spécifiques pour certaines catégories de bénéficiaires.
- Le DTV ne vous rend pas imposable non plus. Vous pouvez parfaitement détenir un DTV et rester sous les 180 jours, donc hors du champ de la résidence fiscale thaïlandaise.
La seule interaction réelle entre les deux sujets tient à une coïncidence de calendrier : la durée de séjour autorisée par entrée, 180 jours, correspond exactement au seuil de résidence fiscale. Un titulaire de DTV qui consomme la totalité de son séjour et revient dans la même année civile bascule mécaniquement.
8. Ce qu'il faut retenir
- Les 180 jours sont le seul déclencheur. Ni le visa, ni la nationalité, ni le lieu de vos clients n'entrent en compte.
- Seuls les revenus rapatriés sont visés. La Thaïlande n'impose pas le revenu mondial.
- Les retraités français sont protégés par la convention — mais doivent pouvoir le prouver, documents traduits à l'appui.
- Les freelances sont dans la zone grise, et ce sont eux qui ont le plus à gagner à consulter.
- La réforme assouplissante n'existe pas encore. Ne planifiez rien dessus.
Et si vous n'en êtes pas encore là, sachez que la question fiscale n'intervient qu'après l'obtention du visa : le dossier consulaire, lui, se joue sur la preuve financière des 500 000 THB, qui relève d'une logique entièrement différente.

Matthieu Moretti
Veille réglementaire & Expatriation
Installé à Phuket, je suis au quotidien l'évolution des règles qui encadrent l'expatriation en Thaïlande. Sur les sujets fiscaux, mon rôle s'arrête à documenter précisément l'état du droit et les positions officielles — l'analyse de votre situation personnelle relève d'un professionnel, et cet article vous donne les questions à lui poser.
📚 Sources officielles
FAQ — Fiscalité et résidence fiscale
Est-ce que je deviens imposable en Thaïlande dès que j'ai mon Visa DTV ?+
Non. Le visa n'a aucun effet fiscal. Seule la présence effective de 180 jours ou plus sur une année civile déclenche la résidence fiscale thaïlandaise.
Les 180 jours doivent-ils être consécutifs ?+
Non. L'administration additionne tous les jours de présence sur l'année civile, quel que soit le nombre de séjours.
Je suis retraité français, dois-je payer des impôts en Thaïlande sur ma pension ?+
Non, si votre pension est imposée en France. Le communiqué de l'ambassade de France du 19 février 2026 confirme que ces revenus sont exonérés en Thaïlande en application de la convention bilatérale, et dispensés de déclaration. Vous devez en revanche pouvoir justifier de l'imposition française sur demande, avec des documents traduits en thaï.
Dois-je déclarer mes revenus en Thaïlande si je ne rapatrie rien ?+
Les revenus étrangers non rapatriés ne sont pas dans le champ de l'impôt thaïlandais. L'obligation de déposer une déclaration se déclenche si vos revenus taxables en Thaïlande dépassent un seuil légal.
L'épargne que j'avais avant 2024 est-elle concernée ?+
Non. L'ordre Por. 162/2566 exonère les revenus perçus avant le 1er janvier 2024, même rapatriés aujourd'hui. Il faut pouvoir en documenter l'antériorité.
La loi qui exonère les revenus rapatriés dans les deux ans, c'est pour quand ?+
Elle n'est pas adoptée. Le projet est suspendu depuis la dissolution du Parlement et les élections de février 2026. Les règles en vigueur restent celles de 2024.
Sécurisez d'abord votre visa
La question fiscale se pose une fois installé. Avant cela, il faut un dossier consulaire irréprochable. Nous montons votre demande de Visa DTV de A à Z, et nous vous orientons vers les bons interlocuteurs pour la suite.